Le grand âge d’or breton : comment les ducs ont renforcé la puissance de la Bretagne

Le grand âge d’or breton : comment les ducs ont renforcé la puissance de la Bretagne

Pendant près d’un siècle, la Bretagne connaît une période particulière de son histoire.

Après des décennies de conflits, les ducs renforcent progressivement leur pouvoir, développent leurs institutions et affirment l’identité politique du duché.

Au cœur de cette période se trouve une ambition : faire de la Bretagne une puissance capable de défendre ses intérêts entre deux grands royaumes, la France et l’Angleterre.

C’est le temps des grands ducs.

Une Bretagne entre deux puissances

Au XIVe siècle, la Bretagne se trouve dans une position particulière.

Le royaume de France s’étend à l’est. Le royaume d’Angleterre exerce une influence importante à l’ouest, notamment dans le contexte de la guerre de Cent Ans.

La Bretagne doit composer avec ces deux puissances sans perdre sa propre capacité d’action.

La guerre de Succession de Bretagne, qui oppose les maisons de Montfort et de Penthièvre, s’achève en 1364 avec la bataille d’Auray. La victoire de Jean de Montfort, devenu Jean IV, permet à la dynastie des Montfort d'asseoir son pouvoir et ouvre une nouvelle période pour le duché.

Jean IV va alors entreprendre de consolider son pouvoir.

Son objectif ne consiste pas seulement à gouverner un territoire.

Il s’agit de construire un véritable pouvoir ducal.

Quand les ducs construisent leur propre État

Jean IV met progressivement en place une administration plus centralisée.

Les finances du duché sont contrôlées par la Chambre des comptes. Le duc s'entoure d'un conseil et renforce le rôle du chancelier et du trésorier général.

Le pouvoir ducal devient ainsi plus organisé, plus stable et plus capable d'agir sur l'ensemble du territoire.

Cette construction politique se poursuit au XVe siècle.

Les États de Bretagne se réunissent régulièrement et participent aux grandes décisions politiques, judiciaires et financières du duché. Le Conseil ducal, les institutions financières et les tribunaux forment progressivement l'ossature d'un État breton de plus en plus structuré.

La Bretagne ne se contente donc plus d'exister comme un duché parmi d'autres.

Elle affirme ses propres institutions.

Les symboles d’une puissance

Mais le pouvoir ne repose pas uniquement sur les institutions.

Au Moyen Âge, les symboles comptent.

Un prince doit montrer son rang, affirmer son autorité et être reconnu comme un souverain digne de traiter avec les autres grandes puissances.

Les ducs de Bretagne vont donc utiliser les mêmes codes de prestige que les grandes monarchies européennes.

Ils frappent leur propre monnaie, entretiennent une cour importante, développent leur diplomatie et utilisent des cérémonies solennelles pour affirmer leur rang. Dans les actes officiels, la formule « duc par la grâce de Dieu » apparaît à partir des années 1420.

Et parmi tous ces symboles, l’un est particulièrement reconnaissable.

L’hermine.

Lorsque le roi de France affirme son pouvoir à travers les fleurs de lys, les ducs de Bretagne portent l’hermine comme marque distinctive.

Ce contraste n’est pas seulement esthétique.

Il participe à l'affirmation d'une identité et d'un pouvoir propres au duché.

L’ordre de l’Hermine

Cette volonté d'affirmer le pouvoir ducal se retrouve également dans la création de l'Ordre de l'Hermine par Jean IV en 1381.

L'ordre permet notamment au duc de rassembler autour de lui ses fidèles et de renforcer les liens qui l'unissent à la noblesse bretonne.

Sa particularité est également remarquable pour l'époque : l'ordre est ouvert aux femmes.

L'hermine devient ainsi bien plus qu'un motif.

Elle devient un signe du pouvoir ducal et, progressivement, l'un des symboles les plus forts de la Bretagne.

Jean V, le duc de l’âge d’or

Lorsque Jean IV meurt en 1399, son fils Jean V lui succède.

Il règne pendant plus de quarante ans, de 1399 à 1442.

Il hérite d'un duché dont son père a considérablement renforcé les structures politiques et administratives. Sous son règne, cette construction se poursuit et la Bretagne connaît ce que les historiens présentent comme l'un des grands moments de l'apogée de la puissance ducale.

Jean V mène une politique destinée à préserver les intérêts du duché dans un contexte toujours marqué par les rivalités entre la France et l'Angleterre.

Il entretient sa propre diplomatie, noue des alliances et envoie des ambassadeurs auprès du pape et des souverains étrangers.

La Bretagne dispose alors de ses propres institutions, de ses finances, de sa monnaie, de sa diplomatie et d'une armée organisée.

C'est cette accumulation de pouvoirs, de symboles et d'institutions qui donne à la Bretagne ducale une place particulière dans l'Europe de la fin du Moyen Âge.

Une identité qui se voit

Ce qui frappe peut-être le plus lorsque l'on regarde cette période aujourd'hui, c'est la manière dont cette puissance se manifeste.

Elle se retrouve dans les sceaux.

Dans les monnaies.

Dans les cérémonies.

Dans les vêtements couverts d'hermines.

Dans les armoiries.

Dans les châteaux et les résidences ducales.

Dans les manuscrits qui représentent les princes de leur temps.

Le pouvoir se raconte autant qu'il s'exerce.

Et les ducs de Bretagne l'ont parfaitement compris.

Leur époque nous a laissé les traces d'une Bretagne qui cherchait à affirmer ce qu'elle était, ce qu'elle possédait et la place qu'elle voulait occuper.

Une figure pour incarner cette Bretagne

Parmi les hommes qui ont marqué cette période, Jean V occupe une place particulière.

Son règne de plus de quarante ans correspond à une période où le pouvoir ducal atteint une grande puissance et où la Bretagne affirme avec force ses institutions, sa diplomatie et ses propres symboles.

C'est cette figure que nous avons choisi de faire entrer dans Les Terres de France.

Le Duc de Bretagne

Notre toile reprend une représentation de Jean V de Bretagne issue du Grand Armorial équestre de la Toison d'or, manuscrit flamand du XVe siècle.

À travers cette œuvre, nous avons voulu redonner une place à cette figure de l'histoire bretonne et à tout ce qu'elle représente : une terre, une époque et une identité.

Des hommes. Des terres. Des racines.

[Découvrir Le Duc de Bretagne →]

La Bretagne des ducs, encore présente

L'âge des grands ducs appartient désormais à l'histoire.

Mais ses symboles sont toujours là.

L'hermine continue d'accompagner l'image de la Bretagne. Les anciennes villes ducales conservent les traces de cette époque. Les manuscrits, les sceaux, les armoiries et les monuments permettent encore aujourd'hui d'entrevoir cette Bretagne qui, au Moyen Âge, cherchait à affirmer sa puissance.

Et derrière ces traces demeure une question intéressante :

Que reste-t-il d'une époque lorsque les hommes qui l'ont façonnée ont disparu ?

Parfois, il suffit de regarder les symboles qu'ils nous ont laissés.